Étude
comportementale

Partie intégrante et centrale de la communication non verbale, le corps développe un langage qui lui est propre. Les postures constituent à ce titre des indicateurs pertinents permettant une lecture de l’état d’esprit d’un membre de la communauté braaxienne.

Anthropologues et sociologues ont étudié le quotidien de l’agence parisienne pour dresser quelques schémas type de cette communication silencieuse. Il existe des positions récurrentes traduisant la disposition mentale de chacun à un moment clé de la journée. Décryptage.

Figure 1

fig1

L’individu affiche une détermination sans failles. Motivé, en forme, son corps se fait l’écho de son mental en affichant une posture droite et volontaire.   Cette position se retrouve le plus souvent en début de journée, suite à une bonne nuit de sommeil, lorsque le climat est doux ou après l’ingurgitation de quelques décilitres de café.   L’instabilité de cette figure est une donnée fondamentale : celle-ci peut être amenée à évoluer rapidement dans le cadre de la réception d’un premier mail ou d’un brief.

Figure 2

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Plus classique, cette posture se singularise par la position voutée du dos qui permet à l’individu de se rapprocher de son écran.   La richesse de cette position permet de faire varier les interprétation selon les contextes : le rapprochement peut en effet laisser deviner un moment d’intense concentration ; mais l’incurvation de la colonne vertébrale et l’éventualité d’un regard vide - sous réserve de disposer de l’angle de vue adéquat - traduiraient au contraire une phase d’absence où, absorbé par l’écran, le spécimen se laisse abrutir par le caractère répétitif de sa tâche. Une figure souvent observée lorsqu’il effectue un travail de modération sur Facebook.   Dernière hypothèse qui ne peut être écartée : l’individu est bossu.

Figure 3

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Le buste en avant, incliné vers l’ordinateur, et la tête soutenue par les paumes ou les poings selon son degré de crispation, cette position révèle généralement un instant de réflexion intense chez l’individu.   A mesure que la journée avance, les mains progressent vers la partie supérieure du visage. En situation d’impasse intellectuelle, ou de phase de test de compatibilité sur Internet Explorer, les soupirs se frayent un chemin entre ses mains.   A l’inverse, lorsqu’une idée germe dans son esprit, les mains quittent instantanément le visage pour pianoter frénétiquement sur le clavier de l’ordinateur.

Figure 4

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Une entrée remarquée dans le domaine de l’affaissement et du liquide avec cette figure 4. L’individu s’abandonne à la mollesse et fait entrer l’intégralité de son anatomie dans une composition flasque et désossée.   Le menton est généralement situé à hauteur de la table de travail pour s’offrir un nouvel angle de vue sur l’ordinateur qui reste campé sur le bureau, tandis que le reste du corps coule le long de la chaise pour se ramasser sur le sol.   Paradoxalement, certains autochtones observés réalisent des gains de productivité conséquents dans cette position, comme si le flux de force abandonnant leur organisme désarticulé était transféré au niveau de la volonté et de l’aptitude au travail. Une théorie à creuser.

Figure 5

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Cette posture s’inscrit dans la lignée de la fig. 4 et s’apparente à la conséquence inéluctable de cette dernière. La position avachie est similaire, à ceci prêt que, désormais, l’ordinateur a quitté le bureau pour venir se placer sur le thorax de l’individu.   Bien que tentante, l’hypothèse de la myopie n’est pas privilégiée pour expliquer cette translation. La théorie d’une symbiose entre le travailleur et son appareil qu’il aime presser contre son épiderme présente plus de garanties.   L’éventualité d’un espoir secret de fusionner un jour avec cet outil de travail n’est pas impossible mais reste à déterminer. Si tous ces théories ne se vérifient pas, c’est que l’individu est en train de faire de la veille.

Figure 6

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Bras ballants, tête baissée et visage incrusté sur le clavier, l’individu semble atteindre un stade où la lassitude et la fatigue s’entremêlent avec force, comme lorsque photoshop a planté une seconde avant la sauvegarde du fichier finalisé.   Néanmoins, la manière dont la tête repose lourdement sur l’outil de travail prête à penser que celle-ci présente un poids anormalement élevé.   Dans le même sens, les ondes électriques émises par le cerveau laissent suggérer que l’individu se remet tout juste d’une transe éprouvante à l’occasion de laquelle a germé une flopée d’idées et de concepts pour optimiser la stratégie social media des clients de l’agence. Le calme après la tempête créative.

Figure 7

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La phase d’implication suprême qui a potentiellement précédé la fig.6. Les pieds de l’individus quittent le sol pour adopter une position en tailleur à la manière d’un moine bouddhiste ascétique qui vient d’ouvrir ses chakras.   Plusieurs rapports concordent pour dire que le confort et la fluidité du corps recherchés dans cette posture contribuent à optimiser le potentiel de l’esprit.   Les vertus apaisantes de cette posture sont aussi souvent mises à contribution après des retours clients sur la créa du jour.

Figure 8

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Cette position marque une rupture nette entre l’individu et son bureau. Les genoux se sont substitués à la surface plane du mobilier qui a manifestement déçu son possesseur.   Ces situations conflictuelles opposant un homme à son meuble sont statistiquement courantes dans un milieu en proie au stress mental.   D’autres sociologues y analysent une attitude rebelle naissante où la volonté d’émancipation prend le dessus sur la commodité des usages. Une forme d’anticonformisme ethnique où les codes, selon lesquels il est de coutume de travailler sur un bureau, volent en éclat.

Figure 9

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Cette neuvième position a été observée à de nombreuses reprises dans l’agence. Son origine ne réside pas dans un abattement suscité par une incontrôlable avalanche de CV sur la boîte mail de l’agence mais plutôt dans un héritage inhabituellement riche en espèces primitives pour l’individu qui ignore totalement le mobilier environnant.   Ce retour à l’état sauvage permet probablement à l’esprit de retrouver une forme de naïveté élémentaire et instinctive propice à remettre en question une stratégie social media tout juste conçue.

Figure 10

fig10

Le corps relâché, les jambes étendues et les pieds vissés sur le fauteuil adjacent, l’individu affiche une posture détendue et décomplexée.   Peu après que cette position soit adoptée, la probabilité d’assister au lancement d’une playlist électro sur laquelle les pieds battront la mesure entre dans le domaine de la quasi-certitude.   La bouteille de bière (souvent de marque discount) à moitié ingurgitée reposant sur le ventre est une finalité envisageable pour cette figure, même si celle-ci n’a, pour le moment, jamais été observée.   Cette figure fait souvent son apparition lorsque l’individu prend la mesure de ses tâches quotidiennes qu’il effectue avec une difficulté décroissante ou que le retour client est positif dès la première version du rendu.

Théorie alternative à la Fig.10

Les centres d’étude américains, assimilent au contraire cette position à un stade de stress et d’implication tel que la personne se sent obligée d’amortir tous les investissements consentis par l’entreprise le plus rapidement possible.   En essayant d’utiliser le plus de mobilier à la fois, celle-ci se persuade que le potentiel de chaque objet est tiré à son maximum.   Dans la suite comportementale logique, l’individu présente la fâcheuse tendance à ouvrir toutes les applications de son ordinateur à chaque démarrage afin qu’aucune ne se sente exclue ou désoeuvrée.