Le pôle Atlantique sombre dans la guerre des Nerfs

Un sanglant conflit ravage les locaux de l’agence depuis quelques semaines. Les balles sifflent, les cris résonnent et les plaies suintent au quotidien. Pourquoi tant de violence ?

Ça devait être une simple blague pour Noël. Le genre de cadeau innocent offert à un collègue pour le faire rire l’espace d’une soirée, avant de végéter au fond de son appartement une fois la routine revenue. Le scénario ordinaire…

Mais pas là. Là, personne ne l’a vu venir. La situation a brusquement dégénéré pour Braaxe qui a sombré dans le chaos. En offrant deux petits pistolets à flèche à l’occasion du « secret santa » de l’agence, certains d’entre nous sont devenus les architectes d’une ruine programmée, sans trop en avoir conscience.

« Je voulais juste faire un cadeau... ». Clément, importateur du premier pistolet Nerf sur le territoire de Braaxe.

Quelques tirs cordiaux avaient bien été échangés pendant les festivités ce soir là, c’est vrai… Mais rien ne laissait réellement présager la violente guérilla vietnamienne qui était sur le point d’éclater.

LA GRANDE RECRÉ, CE MARCHAND DE MORT

L’enseigne localisée sur les Grands Boulevards est rapidement devenue la plateforme logistique idéale pour assurer la politique de remilitarisation de l’open space.

« Le camp d’en face ne cessait d’investir. Les inquiétants aller-retours entre la Grande Récré et les rayons jouet de Monoprix m’ont obligé à prendre des mesures. Le lendemain, je me procurais ma première arme ». Pierre F, général des légions html, extrait des 'Mémoires d’Outre-Agence'

Fusils, blasters et armes plus légères sont rapidement venus compléter l’arsenal des plus agressifs, aveuglés par le goût du bleu et l’attrait du headshot. En déboursant plusieurs dizaines d’euros, chacun explose son budget consacré à la Défense, dans une course à l’armement vertigineuse où l’éclatement des hostilités semble imminent…

VIVRE ET TRAVAILLER DANS LA PEUR

Et la guerre froide n’aura pas duré longtemps. Aujourd’hui, au pôle, il suffit de se concentrer quelques secondes sur son travail pour entendre la flèche fuser et sentir instantanément son dard orange se nicher dans sa nuque.

« C’est lourd ». Pauline, cible civile.

Chaque migration vers la cuisine, les toilettes ou l’extérieur incarne une audacieuse prise de risque où l’exposition aux salves ennemies est la plus totale. Deux camps se sont formés : à couvert derrière leur muraille d’ordinateurs qui prend des allures de rideau de fer, les développeurs font régner la loi. Ils profitent de l’exposition du pôle éditorial et de quelques malheureux graphistes en contrebas pour les canonner régulièrement et réduire leur productivité à néant.

134 : le nombre de flèches tirées en quelques minutes par le pôle développement sur le pôle éditorial, juste avant la fin de journée du vendredi 14 avril. Déluge. #OptaJean

Souvent terribles, les représailles transforment alors le centre du pôle, majoritairement féminin, en no man’s land angoissant où les cris de protestation s’envolent sans réponse ni empathie. Une flèche perdue, c'est vite arrivé. Triste spectacle pour les générations futures.

CARTE DE SYNTHÈSE DU CONFLIT EN COURS 

*L’individu hybride se transforme en soldat lorsqu’une arme chargée traine à sa portée, mais clame haut et fort son statut de civil lorsqu’il n’a plus de munitions

Le terrain nous désavantage, le projet de creuser sous le pôle éditorial pour en faire une tranchée hermétique prend de l’ampleur ». François, responsable éditorial et Chef de Guerre du mouvement 'La plume insoumise'.

A l’heure de la rédaction de cette chronique, le conflit s’enlise. L’arrivée massive de munitions en provenance d’Amazon n’a pas contribué à apaiser les tensions, bien au contraire. Mais, en dépit de l’enchaînement des assauts et autres escarmouches suicidaires, aucun camp ne semble gagner de terrain. L’issue des combats demeure pour l’instant incertaine. Une seule chose est sûre, l’armistice tant espérée par certain(e)s sera dignement fêtée. Avec plus de ferveur que les nombreuses trêves qui ont déjà émaillé le déroulé de cette drôle de guerre.